Médecin avec sthétoscope

L’Assuas , ce grand malade

Par dans GHI, Politique le 18 novembre 2009

L’Association suisse des assurés n’a plus un sou. Alors que les primes n’ont jamais été si élevées, son influence a considérablement décru. Mauro Poggia, qui a repris la présidence, assure qu’une réorganisation est en cour.

L’Assuas, l’Association suisse des assurés, n’a plus un sou vaillant. Alors que l’augmentation des primes d’assurance maladie n’a jamais été aussi forte (+8,7% en Suisse pour 2010, +4,1% à Genève), l’organisation de protection des assurés est au centre d’un psychodrame économico-judicaire.

600 dossiers

«L’Assuas est une coquille vide», estime ainsi Jean-Paul Rey. Sociétaire depuis 2007, cet ancien négociant en métaux précieux, dit avoir pris conscience de graves dysfonctionnements lors de l’Assemblée générale de mars dernier. Il pointe notamment le fait que «l’association n’avait même plus assez de fond de caisse pour l’envoi des cotisations 2009» et qu’«un juriste et demi est chargé de suivre des centaines de dossiers.»

«Que les près de 2000 membres de l’Assuas ne se leurrent pas! s’ils ont un problème, ce sera pour leur pomme.»

JEAN-PAUL REY, membre de l’Assuas

Désorganisation

«Avec ça, assure-t-il, les erreurs et les dépassements de recours sont programmés. Or, l’Assuas ne dispose même pas d’une assurance responsabilité civile professionnelle (RC), alors qu’elle traite des dossiers dont peut dépendre une partie de la vie de ses membres». Pour M. Rey, une partie du problème vient des cotisations. De 30 francs par an en 2008, elles sont passées à 40 francs au début de l’année, mais «avec des sommes aussi basses on ne peut assurer un travail efficace», relève le négociant qui pointe encore la désorganisation générale de l’association et a porté plainte (lire encadré).

Assurances tatillonnes

Mis en cause, Gérard Gobet, président jusqu’en mars dernier, botte en touche: «Certains membres ne paient pas leurs cotisations, c’est vrai, mais un certain nombre est confronté à de sérieuses difficultés financières. Nous devons adapter nos honoraires et nos cotisations à leur situation.» Quant au fait qu’aucune RC ne couvre le travail de l’Assuas, M. Gobet relève que «les assurances rechignent à couvrir les juristes sans brevet d’avocat, ce qui était notre cas.» Pour le reste, il aiguille les intéressés vers le nouveau président, Mauro Poggia.

Lourde charge

L’avocat, candidat malheureux au Conseil d’Etat, a en effet repris les rênes de l’association en mars. «Il est vrai que fin 2008, nous avons songé à mettre la clef sous le paillasson», concède M. Poggia. «Une partie du travail avait été bâclée et certains délais ont été dépassés. Nous avons dû faire intervenir deux juristes et, franchement, nous ne nous sentions pas en droit de demander de l’argent supplémentaire pour ça.» Pour l’avocat, la solution ne passe pas par une augmentation des cotisations mais par une réforme en profondeur (lire ci-dessous). «Nous donnons des conseils à des gens modestes et nos moyens le sont également. Une juriste à 80% et une secrétaire, représentent déjà une lourde charge pour nous.»

On ne connaît pas

Ces modestes moyens se voient dans la perception que le monde de l’assurance a de l’Assuas. Ainsi, à Berne, Thierry Vauthey, juriste en chef de la division surveillance des assurances maladies constate: «Nous avons des contacts avec l’association de protection des consommateurs alémanique, mais n’avons jamais reçu de courrier de l’Assuas.»
Même son de cloche du côté des assureurs. Si la CSS , par la voix de sa porte-parole Céline Reymond, concède avoir eu «cinq à dix contacts dans l’année», l’Assuas est inconnue auprès d’ Helsana ou de la Swica , deux des plus grandes caisses suisses, il est vrai surtout implantées en Suisse alémanique.

Pour leur pomme

Du côté du Groupe Mutuel , 3e assureur du pays, si on connaît bien l’Assuas, «c’est exclusivement à cause du différend qui nous oppose à M. Poggia depuis 2001 sur le montant de ses propres primes», assure Yves Seydoux, porte-parole de l’assureur.
Une présence évanescente dans le secteur des assurances que Jean-Paul Rey résume en une formule lapidaire: «Que les près de 2000 membres de l’Assuas ne se leurrent pas! s’ils ont un problème, ce sera pour leur pomme.»

Mauro Poggia risque son siège

Jean-Paul Rey a déposé une action en annulation de l’Assemblée générale (AG) de l’Assuas le 27 mars, quelques jours après celle-ci. «Je veux que l’on constate que cette AG est anti-statutaire», plaide-t-il. Selon lui, elle n’a pas été convoquée dans les formes. «Les statuts enjoignent que la convocation arrive au moins 20 jours avant la réunion. Or, la lettre était datée du 5 mars et l’affranchissement postal indique qu’elle a été postée le 13!» Nullement anodine, l’annulation de cette AG entraînerait celle de la nomination de Mauro Poggia à la présidence de l’Assuas. Pour l’avocat toutefois, «il ne suffit pas de vouloir annuler une Assemblée générale par esprit de chicane, mais il faut pouvoir avancer un intérêt personnel et juridique fort.» Les deux parties sont convoquées devant le tribunal de première instance le 26 novembre.

L’ASSUAS? Jamais vu! CAA • Il n’y a pas qu’au niveau national que l’Assuas s’est faite discrète. «Je ne me souviens pas d’avoir auditionné l’Assuas», témoigne ainsi le socialiste Alain Charbonnier, député depuis 1999 et membre de la commission de la santé, cénacle dont fait désormais partie Mauro Poggia, tout frais élu sur la liste MCG. «En fait, on n’entend plus vraiment parler d’eux ces dernières années», continue M. Charbonier, qui estime encore que «depuis le départ de Mme Fontaine [ex-secrétaire générale de l’Assuas] ça a baissé d’un cran.»

 MAURO POGGIA
«L’Assuas se relèvera »

Mauro Poggia n’est pas un nouveau venu à l’Assuas. Sans faire partie des membres fondateurs de l’association, créée en 1992, il en fut le président charismatique de 1995 à 2003. Aujourd’hui, il considère son retour à la direction comme «une occasion de la réformer». Sans nier que l’association connaît une passe difficile, le nouveau président estime qu’«elle a traversé les affres de ces structures qui passent du bénévolat à la semi-professionnalisation. Désormais, elle doit être rentable et donner un service professionnel.»

Utilité publique

Une exigence qui n’est pas atteignable par le biais unique des cotisations, estime M. Poggia: «Ce sont surtout des gens modestes qui font appel à nos services et on ne peut leur demander de trop grands efforts.» Un subventionnement plus large semble être la voie à suivre: «Nous recevons 30’000 francs de la part de l’Etat. C’est déjà bien, mais si des structures comme Dialogai touchent plusieurs centaines de milliers de francs, on peut exiger que l’Assuas, qui fait œuvre d’utilité publique, soit mieux soutenue.»

Un lobby rêvé

Un soutien qui ne pourra toutefois être exigé sans réforme: «Nous allons séparer l’activité politique de la défense individuelle des assurés. D’un côté, nous allons intensifier nos prises de position sur les sujets de santé. De l’autre, nous créerons un bon secrétariat qui sera à même d’orienter les dossiers sur un réseau d’avocats prêts à s’investir pour la cause et à travailler à prix réduit. A terme, ils pourraient créer une étude spécialisée dans le domaine de l’assurance, sur le modèle de l’Asloca.»

L’objectif ultime de Me Poggia serait la création d’un lobby des assurés pour faire pièce à ceux des médecins, des assurances et des entreprises pharmaceutiques. «Mais, estime-t-il, en Suisse, nous n’avons pas cette mentalité associative. En France, après une augmentation de primes telle que nous l’avons connue, le peuple serait dans la rue. Rien de tel chez nous. Les gens oublient l’Assuas dès que leur dossier est réglé.

FORUM SANTÉ Gauche combative CAA • La nouvelle Assuas que Mauro Poggia appelle de ses vœux existe peut- être déjà. Forum Santé, formé par la réunion des partis de gauche, des syndicats et d’associations privées, propose en effet également du conseil juridique. Une experte en assurances sociales et deux ou trois avocats tiennent une permanence toutes les semaines (27, Bd Helvétique, 6e, 022 786 35 11). La cotisation annuelle se monte à 20 ou 30 francs (3700.- récoltés l’an dernier) et la structure touche une subvention de l’Etat de 40’000 francs. Par ailleurs, le Bureau central d’aide sociale (3, place de la Taconnerie, 022 310 20 55) dispose d’un service juridique sur l’assurance-maladie et accidents.

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Lire sur le site de l’Association des médecins genevois

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