Sex in Progress - Do Not Disturb

Le sexe est une déclaration anarchiste

Par dans Chroniques, Littérature le 25 février 2014

Lire L’Enfer de Poche, de Pierre Gripari (extraits d’un ouvrage paru aux Editions l’Âge d’Homme), c’est d’abord se barbouiller l’âme à l’humour de corps de garde. Gripari déballe d’ailleurs son paquet dès l’introduction, il sera « queutard plutôt qu’érotique » car « l’érotisme pur, entre nous, est insupportable ».

Gaîté

Au fil des poèmes, à la facture tout à fait classique, il convoque d’ailleurs – rigolard – le Père Dupanloup, héros à la pine kilométrique d’une chanson paillarde elle aussi classique (La Fable du Pénitent).

C’est entendu, il préfère « l’obscène au doucereux » et ne plaidera que « pour la franche gaîté, contre toute espèce de puritanisme ». mais s’il s’arrête là dans ses explications liminaires, ses textes disent encore autre chose.

Dieu est mort

Avec – grâce à ? – Gripari, le plaisir des Hommes abolit Dieu. Par la grâce de la poésie, le Golgota devient tantôt mamelon, tantôt scène d’un coït céleste homosexuel et incestueux tandis que l’Ange à Sodome ne convoque le feu divin que pour une histoire de fesses. Dieu est confiné à une fiction burlesque. Les humains atteignent au bonheur par eux-même sans avoir à convoquer de divinité et conquièrent la liberté.

Le poète peut ainsi culminer, dans Jalousie: « Dieux est jaloux […] de mon vit de mon cul et, chaque fois que je m’envoie en l’air, C’est comme si je le faisais cocu » avant de dégrader toute la cléricaille au rang d’arnaqueurs en tempêtant (Somme théologique): Imans, rabbins, curés, nonettes, […] que les conteurs de sornettes s’aillent faire empapaouter! »

Le sexe joyeux libère et rend athée.

L'enfer de poche, Pierre Gripari. Le sexe est une déclaration anarchiste

Projet de couverture – refusé – pour l’édition de la collection A L’Emporter

Gripari ne s’arrête pas sur une pente si fructueuse. Le sexe est aussi le ferment qui rompt l’ordre social. Chez lui, le petit chaperon rouge a déjà vu le loup et « Tout le beurre de chez nous [lui] est passé dans la minette » alors que les moutons se fâchent et compissent leur berger. Ainsi, le plaisir qu’on se donne érode l’autorité, conchie les lois et prend congé de la morale. Ah, la morale! Depuis que ce fruit amer a été croqué par Adam, « La Vertu commence à régner ! Nous voici corrompus, souillés », continue Gripari dans le Rondeau de la Chute.

Le désir, le plaisir, s’opposent de front à la société. Dieu est mort, d’accord, mais assassinons nos maîtres aussi.

Anarchiste rigolard

Et tandis qu’on y est, pourquoi pas nous perdre également, poursuit le poète. Dans Amours Martiennes, le plaisir dissout même l’homme. Qu’importe que le partenaire soit humain ou que je le sois. Reste, SEUL, le plaisir:

Comme un enfant, comme une femme,
Je me perds dans ce corps sans âme
Et je ne sais plus qui je suis :
Être humain, pierre, plante ou bête ?
J’en vais bientôt perdre la tête…
Le parfait amant que voici !

Arnachiste rigolard à la pine dressée mais bienveillante, Gripari se place naturellement entre Sade qui glorifie la loi du plus fort et Louÿs, dont le roi d’opérette enjoint gaillardement : « Ne nuis pas à ton voisin. Ceci bien compris, fais ce qu’il te plait. »

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