L'anarchiste devant L'Entarteur

L’anarchiste devant L’Entarteur

Par dans Chroniques, Littérature le 2 juin 2015

Se demander avec « Le Matin » du jour si l’entartage fait encore rire, c’est se tromper deux fois. D’abord sur la personnalité de Noël Godin, ensuite sur son but.

L'anarchiste devant L'Entarteur

L’Âge d’Homme. Lausanne

L’Entarteur n’est pas un comique, c’est un anarchiste; un anarchiste-pâtissier, mais un anarchiste d’abord, un anarchiste avant tout.

Phénomène de librairie avant d’être le monstre de foire que s’arrachèrent les médias, Noël Godin a notamment commis une «Anthologie de la subversion carabinée» (Ed. L’Âge d’Homme, Lausanne) qui recense sur 900 pages la crème de la pensée anarchiste.

On y trouve pêle-mêle Georges Darien:

[les dominants] N’attendons pas qu’ils frappent! Tuons ça! Dès aujourd’hui, vouons-les à la mort si nous voulons vivre!

Anselme Bellegarrigue:

Je ne vois pas, en un mot, comment il arrive qu’un gouvernement que je n’ai pas fait, que je n’ai pas voulu faire, que je ne consentirai jamais à faire, vient me demander obéissance et argent sous prétexte qu’il y est autorisé par ses auteurs.

mais aussi les Pieds Nickelés et des centaines d’auteurs anarchistes, sympathisants ou ayant un jour trempé leur plume dans la contestation radicale, tels Paul Claudel (!) ou Rimbaud.

Le Gloupier lui-même reproduit ces lignes fondatrices:

Il paraît que, c’est sûr, le ridicule tue.
Tuons donc sans pitié, du premier au dernier,
Les emmerdeurs fliqueux, les gagneurs de deniers,
Les intellos foireux aux théories obtues.
Tuons sans plus tarder les sales moucherons
Qui voudraient de l’ennui être les chaperons.
[…]

La volonté de L’Entarteur est claire, l’ennemi identifié, l’arme choisie. La chantilly n’est pas là pour provoquer le rire, mais pour tuer le respect, la dignité, l’honorabilité ou la grandeur; toutes choses qui sont le prélude à la révolte, tant on sait qu’on ne déboulonne les statues que lorsqu’on ne leur porte plus ni crainte ni culte.

Le ridicule est l’arme véritable du Gloupier qui – sous le rire – cache un homme en lutte sourde contre la société. On est là bien loin «des gentils agitateurs» et de la «paresse intellectuelle» relevés par l’éditorialiste du Matin.

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