La frite belge attendra 2024 son inscription au patrimoine de l’humanité

La frite belge attendra 2024 son inscription au patrimoine de l’humanité

Par dans Chroniques le 28 août 2015

Inscrire la frite belge au patrimoine immatériel de l’humanité? Voila qui semble aller de soit tant cette spécialité semble coller à l’idée qu’on se fait de la Belgique. Mais rien n’est jamais simple dans un pays qui compte trois communautés linguistiques défendant becs et ongles leurs particularismes et leur pré carré.

Un patrimoine national

«La frite symbolise le caractère belge: simple mais de qualité», plaide Bernard Lefèvre, président de l’Union nationale des frituristes et cheville ouvrière de la campagne pour son inscription à l’UNESCO. «La frite réunit latins et germains dans un pays qui a une longue tradition de division, ajoute-t-il. Un Italien n’arriverait pas à obtenir la qualité stable de la frite belge, tandis qu’un Allemand peinerait à maîtriser ce produit, la patate, qui varie de jour en jour.»

La frite belge attendra 2024 son inscription au patrimoine de l’humanitéMais dans un pays divisé, la notion de patrimoine national n’arrive pas aisément à se faire entendre. Ainsi, pour pouvoir être présenté à l’UNESCO, le dossier doit être accepté par les trois communautés formant la Belgique. Si la communauté flamande a donné son feu vert et que les germanophones semblent sur le point de le faire, les francophones mettent les pieds au mur.

Définir la frite

«On ergote sur des virgules», assure M. Lefèvre. Une analyse que réfute le cabinet de Joëlle Milquet, ministre de la culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles: «Il est important de savoir de quoi on parle! Veut-on protéger les baraques à frites, la qualité du produit ou bien encore la pratique alimentaire? Il faut se mettre d’accord sur une définition claire de ce qui doit être reconnu: est-ce la frite qui se mange dans un cornet, à même la rue, ou qui se déguste dans un restaurant?»

La frite belge attendra 2024 son inscription au patrimoine de l’humanitéEnfin, la question linguistique reparaît: «Parlera-t-on de fritkot, de friterie ou de baraque à frites? Toutes ces questions doivent être précisées et ce sera le travail de la Commission du patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles.» Pour M. Lefèvre, pourtant, le constat est clair: «Les communautés et les régions ont été créées pour souligner nos différences. Il est donc difficile de reconnaître quelque chose que nous avons en commun.»

L’exemple de la bière

«Ils vont y arriver!», estime pourtant, optimiste, Etienne Moulron, auteur de ‘Frite. Oh, ma frite!’ un ouvrage de référence à paraître aux Editions du Cherche-midi. «La Belgique possède une tradition de protection de ses pratiques culturelles. Le carnaval de Binche ou la culture du carillon par exemple sont d’ores et déjà inscrits au patrimoine immatériel de l’humanité.» Plus encore, en 2016, c’est la culture de la bière – pratique rassembleuse s’il en est – qui devrait être reconnue par l’UNESCO.

La Commission du patrimoine oral et immatériel de la communauté francophone devrait rendre ses conclusions courant septembre. Mais même en cas de préavis positif, une longue route reste à parcourir. «A titre de comparaison, le dossier sur la bière a été présenté au collège international d’expert de l’UNESCO en 2014 et nous n’aurons de réponse que l’an prochain », précise Véronique Van de Voorde, présidente ad intérim de la Commission.

La frite belge attendra 2024 son inscription au patrimoine de l’humanité

Un billet de blog pertinent : la Belgique ne se définit pas par la frite.

La tribu belge attendra

Et ce n’est pas tout. La Belgique est très demandeuse en matière de reconnaissance de ses pratiques culturelles. L’UNESCO lui a donc imparti un délai de carence de deux ans entre chaque dépôt de dossier afin de laisser la place à d’autres pays. Parallèlement, un système tournant entre les trois communautés linguistiques a été mis sur pied, en Belgique même, afin de ne léser personne. Le dossier de la frite fait quant à lui partie d’une quatrième catégorie, celle des pratiques culturelles nationales.

Au final, reconnaît Mme Van de Voorde, «sans coup de pouce gouvernemental, le dossier frite devrait pouvoir être présenté en 2022 et accepté par l’UNESCO deux ans plus tard.» Qu’importe, pour M. Lefèvre, le patron du lobby des frituristes, il ne sera jamais trop tard pour «reconnaître cette façon de vivre d’une tribu du milieu de l’Europe que trois langues séparent, mais que réunit un symbole commun.»

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