Ce qui ne s'est pas passé à Colgone

Ce qui ne s’est PAS passé à Cologne lors du Nouvel An

Par dans Chroniques, Commentaires, Politique le 10 février 2016

A Cologne, lors de la soirée du Nouvel An, il n’y a pas eu de nombreux viols; des réfugiés syriens n’ont pas violé d’Allemandes; il ne s’agissait pas de musulmans comblant la misère sexuelle à laquelle les condamnerait une religion mal comprise. Ca vous étonne? Lisez plus loin!

De nombreux viols ?

Après avoir été estimé à deux, le nombre de viols a disparu des comptes rendus des journaux en ligne depuis le 11 janvier au moins. Plus récemment (29.01.16), la Frankfurter Allgemeine, évoque le dépôt de 1016 plaintes, parlant de «vol, harcèlement sexuel, coercition», mais plus de viol.

En outre, selon le magazine Focus (01.02.16), plus de 1000 plaintes ont été enregistrées. Dans 433 cas, une agression sexuelle a été évoquée. Quarante-quatre personnes sont soupçonnées, dont une majorité d’Afrique du Nord.

Par ailleurs, le Huffington Post allemand révèle qu’au moins un cas d’agression sexuelle lors de la nuit du Nouvel An a été inventé et que d’autres cas de viol par des réfugiés sont des faux.

Les médias ont-t-ils réagi trop vite? A-t-on commis des erreurs? Les explications, les mea culpa sont rares et discrets à ce sujet. Mais cette zone de non-dit a été activement mise à contribution par les sites web conspirationnistes et d’extrême droite. Ceux-ci ont eu beau jeu de citer les chiffres les plus fantaisistes. Il suffit désormais de chercher «viol Cologne» sur Google pour voir que l’information à ce sujet sur le web leur a été largement abandonnée.

Pas de réfugiés-violeurs

Comme on l’a vu ci-dessus, selon la police, les suspects proviennent en «majorité d’Afrique du Nord». En quoi se différencient-ils des réfugiés, des migrants, au sens de 2015, c’est à dire issus en très grande part d’une Syrie à feu et à sang?

Donnant la parole à François Gemenne, chercheur à l’université de Liège et spécialiste des migrations, le magazine français L’Express constate: «Il y a une confusion entre une migration plus ancienne et moins visible et la vague d’immigration de l’automne dernier. Parmi les suspects se trouvent en effet principalement des jeunes Marocains et Algériens.»

Plus clairement, les réfugiés ont servi de boucs émissaires. Un effet encore renforcé par une décision de la police allemande datant de l’été 2015. Selon Focus (29.01.16), jusqu’en juin les forces de l’ordre avertissaient la population de se méfier des jeunes hommes, «principalement d’Afrique du Nord», dansant joyeusement autour des passants pour les distraire pendant que des complices subtilisaient leurs biens. Mais sous pression de l’Agence de lutte contre la discrimination, la police du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie a ôté toute référence aux origines dans ses avertissements sur ces pickpockets, dits «Antänzern».

Certaines agressions ne seront pas punies
Comme le relève le site de la Frankfurter Allgemeine, le 11 janvier, le droit allemand ne punit pas les attouchements furtifs sur les parties intimes. De nombreuses agressions sexuelles commises durant la nuit de la St-Sylvestre ne déboucheront donc pas sur des sanctions, même si leurs auteurs devaient être retrouvés (article 177 par. 1 du Code pénal).

Il faut en effet qu’interviennent dans l’acte la violence physique et l’intimidation. Les attouchements d’opportunité, par surprise (dans une foule par exemple), ne sont pas susceptibles d’être poursuivis.

Quelle misère sexuelle ?

Mais peut-on pour autant imputer aux Antänzern d’être à l’origine des agressions sexuelles du Nouvel An? Peut-on dire qu’ils sont les acteurs des viols perpétrés, quel que soit finalement leur nombre? Peut-on dire que le premier but des délinquants était le vol et non le sexe?

Focus donne une piste forte dans ce sens. Le 19 janvier, le magazine se faisait en effet l’écho d’une descente de police et concluait: «Les preuves mènent principalement à des groupes criminels d’Afrique du Nord».

Par ailleurs, Express publiait le 20 janvier la liste des 30 suspects dressée par le ministère de l’intérieur allemand. Comme on peut le constater, l’écrasante majorité est constituée de Maghrébins, demandeurs d’asile ou en situation illégale. Parmi ceux-ci, six personnes sont accusées de viol: cinq Marocains et un Algérien.

On est bien loin du millier de réfugiés priapiques lançant leurs assauts sur des femmes allemandes. Pour les victimes, ça ne change rien et l’agression reste un dégât humain et psychologique grave. Pour l’information, et plus encore pour l’idée que chaque Européen se fait des réfugiés, il s’agit d’un gâchis monstrueux qui retentira sans doute encore – déformé, amplifié – sur l’histoire politique du continent.

Pour aller plus loin
En droit allemand, le viol est défini dans les articles 177 et 178 du Code pénal.
Image d’illustration: Wikimedia

Abonnez-vous à notre newsletter mensuelle (et recevez les meilleurs articles publiés).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Facebook IconTwitter IconIMa page Google+IMa page Google+