Les Amis de la plage tracassent la Tribune de Genève

Les Amis de la plage tracassent la Tribune de Genève

Par dans Médias, Politique le 29 février 2016

L’association des Amis de la plage a été sèchement remise au pas par la Tribune de Genève. Sur ordre, les articles du quotidien genevois ont disparu du site de l’association qui milite en faveur du projet de plage publique aux Eaux-Vives.

Comme de nombreuses associations genevoises, les Amis de la plage reprenaient in extenso sur leur site les articles que la Tribune leur consacrait. Dans la plus parfaite illégalité. C’est ce que leur a rappelé Pierre Rütschi, le rédacteur en chef du quotidien, dans une mise en demeure datée du 15 novembre dernier. Le courrier de la Tribune précise que la publication de ces «[…] contenus rédactionnels […] est illicite et porte gravement atteinte à ses droits, notamment ses droits de propriété intellectuelle».

Extrait du courrier envoyé par la Tribune à l'association des Amis de la plage, le 15 novembre 2015.

Extrait du courrier envoyé par la Tribune à l’association des Amis de la plage, le 15 novembre 2015.

Pas de croisade

Mais comment une association, dont l’audience web est confidentielle, pourrait-elle porter gravement atteinte au quotidien de référence genevois? «La loi sur le droit d’auteur est assez rigide», analyse Bertil Cottier, professeur en droit de la communication à l’université de Neuchâtel. «Dès lors que vous reproduisez sans autorisation, vous êtes hors la loi.»

La Tribune de Genève mènerait donc une croisade afin de sécuriser ses droits sur le net? En tout cas pas pour le service juridique de Tamedia, l’éditeur de la Tribune. Celui-ci exclut «toute chasse aux sorcières» et reconnaît que la lettre envoyée aux Amis de la plage est un cas isolé.

Les Amis de la plage tracassent la Tribune de Genève

Extrait du courrier envoyé par la Tribune à l’association des Amis de la plage, le 15 novembre 2015.

Interrogé, Pierre Rütschi, rédacteur en chef de la Tribune, assure: «Nous ne ciblons pas les Amis de la plage ou quiconque en particulier. Simplement, on en a un peu assez que l’on reprenne notre contenu sans nous consulter, comme s’il était public, gratuit et multi-usage.»

«Notre métier est de produire de l’information et ça a un coût», rappelle M. Rütschi. «Par ailleurs, la vente de contenu constitue désormais plus de la moitié de notre chiffre d’affaires, contre un tiers il y a quelques années. Lorsque nous constatons des abus, nous intervenons.»

Personne n’a reçu de remarque

Du côté des associations et des PME, pourtant, on tombe des nues. Souvent friandes de reconnaissance, celles-ci reproduisent volontiers sur le web les articles dans lesquels elles figurent. Mais de l’Eglise protestante de Genève au Tir au canon de Carouge, en passant par les pianos Fuhrer ou la vénérable Société de lecture, c’est le même leitmotiv: tout le monde reproduit et personne n’a jamais reçu de remarque de la part de médias «spoliés» de leurs droits, pas même la Tribune.

Le cas particulier de l'AMG
Seule l’Association des médecins du canton de Genève (AMG) sort du lot. Tenant une revue de presse très complète de l’actualité de la santé, plusieurs fois par semaine, l’association a passé un accord avec Tamedia. Toutefois, précise Paul-Olivier Valloton, Secrétaire général de l’AMG, «le volume est très important et nous avions déjà conclu un accord sur les droits de reproduction à l’époque d’Edipresse».

On se demande dès lors où sont ces associations – hors les Amis de la plage – visées par la Tribune. Réponse de M. Rütschi: «Le MCG, par exemple, s’est permis par trois fois de reprendre des images faites par nos photographes. Autre cas, un fan’s club du Servette FC possédait une véritable base de données sportive en ligne directement tirée de nos pages. D’autres ont repris à leur compte des articles en entier.»

Bisbille personnelle?

Le ton martial du rédacteur en chef de la Julie tranche toutefois dans l’univers médiatique genevois qui se défend de toute approche légaliste. Au Temps, Stéphanie Germain, qui gère les demandes de reproduction, dit «expliquer aux clients qu’ils peuvent tout simplement créer un lien vers l’article. Mais lorsqu’il s’agit de quelqu’un ayant participé à l’élaboration du papier, on le laisse disposer du texte comme bon lui semble». Même son de cloche au GHI, au Courrier ou à Tout l’Immobilier. Chacun évoque une pratique citoyenne, soumise à la bienséance, et ne surveille que les éventuels abus.

Du côté des Amis de la plage, on a préféré éliminer toute référence à la Tribune de Genève.

«Nos réactions ne sont pas systématiques, plaide de son côté Pierre Rütschi, car nous mettons l’essentiel de notre énergie dans l’information. Toutefois, je rappelle qu’il est simple de publier un lien vers nos articles, tout en en reprenant le titre et le chapeau. Par ailleurs, pour une bonne cause il peut toujours y avoir des exceptions.»

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Car pour les petites associations comme pour les grandes le but est le même: garder une trace publique de l’article, même s’il venait à disparaître du site de l’éditeur. Du côté des Amis de la plage, on a préféré éliminer toute référence à la Tribune de Genève. Parallèlement, on n’ose pas croire que la soudaine pugnacité ciblée du quotidien autour du droit d’auteur provienne d’une prise de bec sur Facebook entre un membre du comité et le responsable web de la Tribune, quelques jours seulement avant la réception de cette brutale remise à l’ordre.

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