Glioncamp

Le grand marché des écoles privées

Par dans Bilan, Economie le 18 mai 2016

Achats et création d’écoles privées se succèdent en Suisse romande. Les sommes importantes investies par de grands groupes sous-tendent pourtant des stratégies très différentes.

«Le grand marché des écoles privées» est paru dans les éditions papier et web de Bilan (13.04.2016).
«Nous avons fait le constat que 17’000 postes étaient ouverts chaque année dans le management hôtelier, principalement haut de gamme, pour seulement 10’000 personnes formées dans ce secteur.» Patrick Sayer, président du directoire d’Eurazeo, la société d’investissement française qui a racheté l’Ecole hôtelière de Glion (VD) et l’Ecole des Roches en mars dernier, ne s’en cache pas: il s’agit avant tout d’une belle opportunité industrielle. Eurazeo, également fortement présente dans le capital des hôtels Accor, prévoit d’ailleurs d’investir 220 millions dans les deux structures.

[Nous visons] à profiter de l’effet de levier fourni par nos 42 écoles à travers le monde […].

Groupe international également, Nord Anglia suit une tout autre stratégie en reprenant les activités de l’institut lausannois Mont-Olivet en février et surtout en rachetant le Collège du Léman, à Versoix (GE), en avril 2015. Pour le groupe localisé à Hong Kong et actif dans 15 pays, il s’agit de se développer par acquisitions. Ayant déjà racheté les collèges de Champittet (Nyon et Pully), Beau Soleil (Villars) et La Côte International School (Aubonne), la société vise «à profiter de l’effet de levier fourni par nos 42 écoles à travers le monde pour accroître les possibilités offertes tant aux étudiants qu’au personnel», précise Sarah Doyle, gestionnaire de marque chez Nord Anglia.

Stratégie différente encore pour GEMS. Propriétaire d’une septantaine d’écoles dans douze pays, la société a ouvert à la rentrée 2013, un campus entièrement neuf à Etoy (VD). Le groupe basé à Dubaï vise une clientèle locale et internationale et forme ses élèves jusqu’au baccalauréat. GEMS ne nie pas viser avant tout une croissance organique en Suisse par le développement de ses propres structures.

Menaces sur le marché

Quoique très diverse, l’installation de ces grands groupes en Suisse romande «montre que l’éducation suisse est toujours très bien reconnue dans le monde», estime Norbert Foerster, président de la Fédération suisse des écoles privées (FSEP). «Notre marché est toutefois limité et les hedge fund venant chercher de la croissance à tout prix risquent de se retrouver à l’étroit», juge-t-il.

Un constat que partage Alain Boss, récent ex-président de l’Association vaudoise des écoles privées (AVEP): «Je crains que les grandes sociétés n’achètent dans l’illusion de faire beaucoup d’argent, alors que la spécificité des écoles suisses est d’abord constituée par la qualité de l’enseignement et la proximité.»

Les années fastes d’énorme croissance sont derrière nous.

Secrétaire général de l’AVEP, Pierre-Antoine Hildbrand rappelle également que «les années fastes d’énorme croissance sont derrière nous. Depuis 2008 et la crise financière, le nombre d’élèves est stable, voire décroissant. Une concentration est donc logique.»

L’avenir s’annonce pourtant plus sombre encore. La votation du 9 février 2014, prévoyant des contingents d’étrangers autorisés à entrer en Suisse menace en effet le secteur. «Pour l’heure, le Conseil fédéral prévoit d’inclure les étudiants étrangers dans les contingents, décrit Norbert Foerster. S’il faut faire des demandes annuelles de permis limités et soumis à conditions, on comprend bien que les internats et les écoles hôtelières se trouveraient dans une situation très inconfortable». Réunis au sein de l’association Education privée suisse, les acteurs du secteur comptent bien faire pression pour que le gouvernement ne tue pas cette poule aux oeufs d’or essentiellement lémanique.

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