Traversée du lac

Traversée du lac: le plébiscite flou

Par dans Bilan, Commentaires, Politique le 17 juin 2016

Dire «oui», c’est encore ne rien dire. En acceptant la traversée du lac, les Genevois ne s’engagent en effet à rien d’autre que d’en inscrire le principe dans la Constitution cantonale.

Ne sont évoqués ni tracé, ni financement, ni choix de mobilité entre un pont ou un tunnel, ni agenda politique, ni date prévue d’inauguration. Le plus petit dénominateur commun a seul convaincu. En caricaturant à peine, les électeurs se sont bornés à affirmer: «Nous souhaitons qu’il fasse beau demain».

Une de GHI, le 3 mars 2008

Une de GHI, le 3 mars 2008

Il serait vain toutefois de bouder son plaisir. D’abord parce que les occasions de mettre les Genevois d’accord sur de grands projets sont assez rares pour qu’on s’en réjouisse. Ensuite parce qu’en acceptant le 5 juin dernier – le principe d’une traversée à près de 63%, la population a donné un mandat clair à ses édiles. Le conseil d’Etat, et en particulier son ministre des transports, le PDC Luc Barthassat, peut désormais dire à la Confédération : «Nous voulons !» Des paroles martiales que jusqu’ici la Berne fédérale n’avait jamais entendues venant du canton du bout du lac.

Luc Barthassat, conseiller d'Etat (PDC). DR

Luc Barthassat, conseiller d’Etat (PDC). DR

Car, malgré les océans d’encre versés autour de ce projet, on se souvient que ni le Vert Robert Cramer, ni le libéral Mark Muller, prédécesseurs directs de M. Barthassat, n’avaient brillé dans leur volonté de faire avancer la Traversée. Le premier lançant des études mort-nées, le second enterrant le sujet, si peu porteur électoralement. Le magistrat PDC aura donc eu le grand mérite de s’investir dans un projet auquel aucun de ses prédécesseurs ne croyait et que le reste du collège gouvernemental actuel regardait comme la marotte un peu futile de l’un d’entre eux.

Robert Cramer en 2008. DR

Robert Cramer en 2008. DR

Et c’est peu dire que M. Barthassat triomphe. Car à cette avancée relative de la Traversée vient s’ajouter le oui de la population au contreprojet sur la mobilité. Ce texte est le résultat d’une large consultation interpartis initiée par M. Barthassat. Les tenants du développement de la mobilité douce et des transports en commun tout autant que les partisans de la voiture ou de la liberté des transports ont fait des concessions fortes. Au final un compromis solide – bien que malmené par le Grand Conseil – s’est imposé. Pour des observateurs non genevois, il s’agit sans doute d’une non-nouvelle: le compromis reste la base de la politique suisse. Pour un citoyen du bout du lac par contre, habitué à la dure confrontation des blocs politiques, c’est une révolution des moeurs. Rien moins.

La route est encore longue toutefois avant que le périphérique genevois ne soit bouclé. Que deviendra cette formidable force enclenchée par les Genevois ce week-end lorsqu’il s’agira – des années durant ! – de négocier dans les antichambres fédérales ? Plus encore, qui trouvera la mine d’or nécessaire à la construction d’une telle infrastructure alors que la source budgétaire genevoise peine à produire les kopecks nécessaires aux réalisations en cours ?

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