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La mafia russe infiltre le foot européen

Par dans Bilan, Economie le 9 juillet 2016

Europol dénonce les opérations frauduleuses d’un réseau criminel qui vise des clubs européens en détresse financière.

A 13H45, en ce mardi 3 mai 2016, Alexander Tolstikov, est un homme déchu.  Au terme d’une opération qui a mobilisé 70 policiers soutenus par Europol, le propriétaire du club portugais de Leiria est arrêté. Le Russe croupit depuis en prison, accusé de blanchiment d’argent, fraude fiscale, faux dans les titres et association de malfaiteurs.

Les « socios » de Leiria sont sous le choc. Tombé en troisième ligue portugaise suite à des déboires financiers, le club rêvait d’un retour dans l’élite depuis son rachat l’an dernier par Alexander Tolstikov et ses partenaires russes. L’homme n’était pas inconnu des dirigeants. A plusieurs reprises, dès 2014, il éponge des dettes et investit dans les infrastructures.

Personne ne voit dès lors de problème à lui vendre la société sportive qui chapeaute le club. Personne non plus ne se soucie du montage financier qui fait intervenir deux sociétés opaques domiciliées aux Seychelles, un discret paradis fiscal.

«Actif depuis 2008 au moins, le groupe vise des clubs européens en détresse financière.»

D’autres seront moins aveugles. Europol, très attentif aux flux d’argent illicite, indique avoir détecté des opérations frauduleuses «grâce au train de vie dispendieux des suspects». Ceux-ci étaient à l’origine de l’importation «de quantités importantes d’argent liquide depuis la Russie, via des courriers, en violation des lois européennes».

Le mode opératoire est connu, détaille Europol, qui parle de réseau criminel lié à la mafia russe : «Actif depuis 2008 au moins, le groupe vise des clubs européens en détresse financière. Il les infiltre en leur présentant des bienfaiteurs leur accordant des dons ou des investissements.» Une fois la confiance gagnée, les clubs se voient proposer une offre de rachat au travers «d’hommes de paille dirigeant un réseau de sociétés opaques dont le rôle est de cacher leur propriétaire réel.»

Clubs en difficulté 

Une fois aux mains de la mafia russe, les clubs servent de lessiveuses à blanchir l’argent sale, «généralement en sur ou sous-estimant la valeur de joueurs sur le marché des transferts et en jouant sur des contrats de droits télévisés».

Et Leiria n’est que le dernier avatar en date de l’infiltration du foot européen par le crime organisé russe. En Europe, les clubs en difficulté financière ne manquent pas.

Ainsi, en 2011, le propriétaire russe du club de Portsmouth, Vladimir Antonov, fut accusé de blanchiment d’argent dans le cadre de la faillite d’une banque lettone. En mai dernier, il fut finalement condamné par contumace à payer 65 millions de livres aux ayants droit lésés.

«Le foot est le candidat idéal pour blanchir de l’argent.»

En 2013, la police espagnole arrêtait cinq personnes liées au club de Lloret de Mar, sur la Costa Brava. A la tête de ce réseau, supposé blanchir des millions d’euros dans des opérations immobilières et sportives, un agent immobilier russe lié à «un des dix criminels les plus recherchés par le FBI», selon la police.

De fait, le football constitue une telle cible de choix pour le crime organisé que le GAFI lui a consacré un rapport entier. Cet organisme international chargé de lutter contre la criminalité économique note ainsi que le foot est le candidat idéal pour blanchir de l’argent. Ce sport est en effet celui qui brasse le plus d’argent au monde. 

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