Airbnb retire 300 appartements du marché locatif

Airbnb retire 300 appartements du marché locatif

Par dans Bilan, Economie, Politique le 24 août 2016

Mandatée par Bilan, la plateforme indépendante InsideAirbnb livre ses chiffres pour Genève. Résultat: des centaines d’appartements sont retranchés de la location.

«Airbnb retire 300 appartements du marché locatif» est paru sur bilan.ch et dans l’édition papier du 17.08.2016).
Reprenant un algorithme développé par la municipalité de San Francisco, le projet insideairbnb.com se base notamment sur le calendrier de location des objets proposés, ainsi que les commentaires publiés par les membres. De l’aveu de Murray Cox, son fondateur, le «calcul est volontairement conservateur et les chiffres réels sont sans doute plus élevés».

Selon l’étude, en ville de Genève Airbnb est responsable du retrait du marché locatif d’au minimum 300 appartements. Des centaines de logements normalement disponibles à la location sont ainsi gérés comme des chambres d’hôtel.

Choquant

Dans un marché marqué par la pénurie depuis près de 15 ans, les premiers touchés sont les personnes à la recherche d’un logement. Pour mémoire, selon les chiffres de l’Office cantonal de la statistique, en juin 2015 la ville de Genève disposait d’un peu plus de 520 appartements libres destinés à la location.

«C’est choquant!», réagit à chaud Carlo Sommaruga, vice-président de l’ASLOCA, l’association de défense des locataires. «Cela signifie que l’on a biffé une dizaine d’immeubles de trente appartements. Comment accepter cela alors que les pouvoirs publics font d’énormes efforts pour construire des logements bon marché pour la population locale?»

EN CHIFFRES
Ce que montre l’étude menée par InsideAirbnb sur Genève.
Nombre de location: 1941 au total dont 1261 logements entiers (65% des offres) et 668 chambres.
Prix moyen: 136 euros par nuit.
Taux d’occupation moyen: 65 nuits par an.
Revenu mensuel moyen: 571 euros par an.
Disponibilité des logements: 71.8% sont louables toute l’année.
Activité des bailleurs: 31.3% (607 personnes) proposent plusieurs objets. ♦ IG

Côté régie, le ton n’est pas plus conciliant. Pour Stéphane Jaggi, associé chez Moser Vernet, «ces logements manquent cruellement sur le marché. Ce n’est pas sain. La pénurie engendre des relations tendues entre bailleurs et locataires avant même la conclusion du bail», ajoute celui qui est également président de l’USPI, l’association réunissant les professionnels genevois de l’immobilier. «Le taux de vacance tourne ainsi autour de 0,4% alors qu’idéalement il devrait se fixer entre 1 et 2%.»

Pas besoin de loi

Certaines municipalités ne restent pas les bras croisés. San Francisco a limité les locations de courte durée à 90 jours par an. A Berlin, depuis le 1er mai, il faut disposer d’une autorisation spéciale pour louer son logement. Des limitations de durée et de nombre de pièces ont également été introduites. A Paris, la ville a rappelé qu’un logement ne pouvait être loué que 4 mois par an. La capitale française collabore avec Airbnb qui collecte la taxe de séjour et informe les loueurs des exigences légales. Plus près de nous, le Grand Conseil valaisan étudie une manière de percevoir la taxe touristique et d’imposer de facto les gains perçus via la plateforme.

La Loi sur les reconstructions et rénovations (LDTR) exclut déjà tout changement d’affectation des logements […].

Genève est loin de telles décisions. Antonio Hodgers, chef du Département du logement (DALE), indique que ses «services cartographient actuellement la situation et le site que vous indiquez peut y contribuer. Ensuite, nous viserons avant tout ceux qui mettent en place une stratégie ouvertement commerciale, hôtelière, et proposent plusieurs biens sur le marché.» Pour le conseiller d’Etat vert, aucune base légale supplémentaire n’est nécessaire: «La Loi sur les reconstructions et rénovations (LDTR) exclut déjà tout changement d’affectation des logements, même pour un jour!»

M. Hodgers ne souhaite toutefois pas rigidifier le marché de la location: «Genève est une ville internationale. Elle doit pouvoir accueillir des flux de visiteurs parfois importants.» Une application souple des textes est donc à prévoir. Toutefois, la conformité avec la Loi sur l’hôtellerie (LRDBHD) ou la perception des taxes et impôts sont des problèmes qui restent en suspens. Or, le gouvernement avouait dans une réponse au parlement ne pas avoir «les moyens de vérifier de manière systématique si un logement est transformé en objet hôtelier». En clair: les Genevois attendront.


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