USA Monopoly descructif

Les USA peuvent détruire des sociétés étrangères d’un claquement de doigts

Par dans The Economist le 13 mai 2018

The Economist (05.03.18) revient sur la stratégie de guerre économique récemment mise en oeuvre par l’administration Trump. Dans le regard affûté de son éditorialiste, qui signe simplement Schumpeter, on voit passer 70 ans de sanctions économiques US. Celles-ci sont décrites dès le début du XXe siècle par le président Woodrow Wilson comme «un remède silencieux et mortel». Remède à quoi? Aux menaces pesant sur l’hégémonie américaine. Crûment et simplement.

Cette analyse est parue dans l’édition papier de The Economist (05.05.18) sous le chapo Zap! American officials can now destroy foreign firm. Je n’en assure ici que la tradaptation.
Ces sanctions – souvent présentées en Europe comme le reflet d’une volonté de la communauté internationale – ont pris un tour nouveau depuis le programme «pétrole contre nourriture» des années 90 qui visait à mettre à genoux l’Irak de Saddam Hussein. Le monde économique est en effet devenu plus vaste, moins dépendant de la puissance américaine au fur et à mesure que la mondialisation produisait ses effets. Parallèlement, l’explosion technologique et l’ubiquité des réseaux allaient donner une opportunité à Washington de reprendre la main.

Légalement, le Patriot Act de 2001 permit au Trésor US de bannir du système des paiements en dollars des banques étrangères présentant une menace pour le pays. Par ailleurs, de 2001 à 2003, les Etats-Unis gagnèrent le droit de mettre le nez dans les transactions menées par SWIFT, le système – autrefois confidentiel – qui traite l’essentiel des transferts électroniques d’argent à travers le monde (clearing). Cette paire d’as entre les mains de l’administration US a représenté depuis lors une menace ultime, souvent brandie, qui a suffi à mettre au pas nombre de pays et de multinationales. Cet atout n’avait toutefois jusqu’ici été utilisé que rarement et contre du menu fretin. Mais les choses ont changé.

[…] l’utilisation par les Etats-Unis de ses nouvelles armes démontre sa puissance et accélérera simultanément son déclin relatif.

Le mois dernier, Rusal, un des plus grands producteurs d’aluminium au monde, pesant 18 milliards de dollars, s’est vu retirer le droit de commercer en dollar. Cette décision faisait partie d’une nouvelle salve de sanctions prises contre la Russie, le propriétaire de Rusal étant proche du Kremlin. Malgré le fait que l’entreprise, basée surtout en Russie, ne réalise que 14% de ses ventes aux Etats-Unis, l’effet a été dévastateur: de nombreux investisseurs se sont vus obligés de vendre leurs actions; Rusal aura sans doute de la peine à refinancer sa dette, libellée en dollars; de grands acteurs du commerce mondial ont renoncé à acheter ses produits (comme Maersk, le transporteur maritime); le London Metal Exchange a limité la négociation de ses titres sur le marché; les agences de notation l’ont exclu de leurs palmarès, tandis que les organismes de clearing européens refusent de régler les transactions sur ses titres. Résultat, l’action de Rusal a décroché de 56%, alors que ses obligations courant jusqu’en 2023 se négocient à 45 cents pour un dollar.

Deuxième cible touchée par cette nouvelle arme dévastatrice, la firme chinoise ZTE. A la fin de l’an dernier, cet équipementier électronique trônait à la 4e place mondiale des fournisseurs de matériel électronique à destination des télécoms, avec une valorisation estimée à 17 milliards de dollars. Ses ventes aux US ne représentaient que 15% du total annuel. Le 16 avril, le département du commerce interdit aux sociétés américaines de livrer des composants électroniques à ZTE pour une durée de 7 ans. Le Chinois est coupable d’avoir commercé avec l’Iran et la Corée du Nord ainsi que d’avoir menti à ce sujet. Selon une déclaration d’UBS, 80% des produits de ZTE sont basés sur des composants produits aux Etats-Unis, des semi-conducteurs de dernière génération pour la plupart. Désormais, elle fait figure de paria pour l’ensemble du commerce et du monde bancaire mondial.


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Sans sympathie particulière pour les firmes qui enfreignent les lois ou soutiennent des autocrates, le chroniqueur de The Economist en vient à trois conclusions très dérangeantes. D’abord, aucune grande compagnie étrangère n’est à l’abri. Près de 2000 multinationales, par exemple, libellent leurs obligations en dollars. Par ailleurs, le commerce international reste – d’une façon ou d’une autre – lié à la technologie américaine.

Deuxièmement, ces armes économiques courent le danger d’être mal utilisées, soit parce qu’elles viseraient des buts trop manifestement politiques, soit parce qu’elles seraient mal calibrées. Le marché de l’aluminium est ainsi tellement sens dessus dessous, que le Tresor a fait marche arrière dans l’affaire Rusal. Côté chinois, la crainte d’une sanction mortelle a secoué tout le business, jusqu’aux banques, qui possèdent des montants faramineux de dette américaine en dollars. Qui sait ou pourrait s’arrêter une telle vague…

Schumpeter termine en estimant que les exemples de Rusal et ZTE constituent

un guide pas-à-pas de ce dont vous avez besoin pour survivre sans l’autorisation des Etats-Unis: des semi-conducteurs, une monnaie globale et le système de clearing qui va avec, des agences de notation, des bourses, un bassin d’investisseurs locaux et des entreprises de logistique pour le transport; toutes choses sur lesquelles la Chine travaille. Ainsi, l’utilisation par les Etats-Unis de ses nouvelles armes démontre sa puissance et accélérera simultanément son déclin relatif.

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